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Interview de M. CUROT - C2M
Président Directeur Général
Euromold fut un succès, jamais autant de moules n’ont été réalisés et pourtant, les moulistes français sont en panne… en panne de commande. Pour comprendre ce paradoxe, nous avons choisi de nous rapprocher d’un sous-traitant spécialiste de ce domaine.
La société s’appelle C2M et a vu le jour en 1986 quand M. Curot père décide de se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat. Familiale par sa structure, elle le reste dans son caractère : de fortes relations avec ses clients, une fierté de faire de la qualité, du répondant en terme de service, sans parler d’une expérience de 2 générations qui cumulent des années de savoir faire.
A COMMT : Monsieur Curot, en visitant votre entreprise, on ne peut que constater que vous avez fait le choix d’investir dans des équipements de conception mais aussi d’usinage et de métrologie avancés. Avec du recul, vous devez être fier du chemin parcouru ?
M. CUROT C2M Vous trouvez ? Les investissements sont une chose, ils sont faits pour nous permettre de toujours mieux satisfaire les clients. De ce point de vue, oui, nous avons réussi, dans le sens où nous avons fait les bons choix et que nous avons les moyens de bien travailler.
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Mais pour être satisfait, il faudrait que je n’ai plus ce nœud dans la gorge, cette chape de plomb qui empoisonne mon quotidien et qui fait que les soucis me font oublier tout le chemin que nous avons parcouru.
En 18 ans, nous avons réalisé des centaines de moules, principalement pour l’automobile, mais aussi pour l’industrie de la parfumerie. Nos clients sont des transformateurs qui nous confient un cahier des charges comprenant en plus du plan ou de la DFN, les caractéristiques du matériau à utiliser, la liste des accessoires standardisés pour le client. Quand nous prenons un moule, le délai de réalisation est de 8 à 10 semaines. Pour travailler sereinement, il nous faudrait 14 semaines. Vous comprenez que nous soyons sous pression. Mais nous, les moulistes, nous sommes habitués à vivre avec cette pression. Peut être l’avons-nous même un peu intégré dans notre façon d’être.
A COMM T vous parlez de délai, c’est un argument clef face à la concurrence ?
M. CUROT C2M Oui et Non. Pour nos clients, c’est évidemment un élément important. Ce que nous notons, dans l’entreprise, c’est en presque deux fois 10 ans d’expérience, nous avons bien sur investi mais aussi et surtout vécu avec nos moules. En cela, nous avons amélioré sans cesse notre savoir faire et notre process. Toutes ces améliorations ne sont pas toujours fondamentales, mais ce sont une multitude de constatations, de combines, d’astuces que nous avons généralisées et qui nous ont permis d’avancer plus vite. Ces deux dernières années, nous avons encore gagné du temps. Ce que nous faisions en 12 semaines, nous le faisons maintenant en moyenne en 9. Et pas question de sortir de nos moules des pièces que notre client devrait faire ébavurer, ce qui entraînerait un coût additionnel non négligeable.
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A COMM T est ce que vous voulez dire que rien ne se fait au détriment de la qualité
M. CUROT C2M Quand on sait qu’en automobile, un moule a une duré de vie moyenne de 5 ans pour environ un million d’injection, cela donne une idée de ce qu’il y a sous le mot qualité. C’est vrai que nous sommes plus chers que nos concurrents chinois.
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Je parle de la chine, parce que c’est le pays à la mode en ce moment. Nous sommes plus chers, oui, mais faisons les comptes et posons nous les bonnes questions. Combien est ce que cela coûte de faire réparer un moule, quel est le manque à gagner d’une entreprise dont une presse ne fonctionne pas ?
A COMM T Vos arguments sont convaincants. On imagine que vos clients savent pertinemment que si le budget achat diminue fortement, le budget « maintenance » des moules risque de grimper en flèche.
M. CUROT C2M la logique le voudrait mais vous écoutez les actualités comme moi et vous savez bien que les tendances actuelles de gestion ne favorisent pas toujours ce qui nous apparaît à nous, comme du bon sens : beaucoup de court terme et un rôle toujours plus important des financiers.
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A COMM T derrière votre inquiétude, on sent une amertume. Est-ce du à la solitude du chef d’entreprise ?
M. CUROT C2M certainement, même si ce n’est pas le nom que je lui donnerais. S’il est vrai que certains moulistes ont parfois un peu trop profité de la situation, ces temps là sont maintenant révolus. Nous avons la réelle impression que l’essence même de notre métier est en train de partir en fumée.
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Tout ça parce que plus personne ne reconnaît l’importance d’un travail bien fait. Imaginez une voiture avec une belle carrosserie mais rien de fini sous le capot. J’ai un peu peur que ce soit là où nous allons. Les générations qui viennent se sentiront peu être plus à l’aise avec ce mode de raisonnement très superficiel. Moi j’ai été formé à une autre école.
A COMM T en cette période de fêtes de Noël, on peut rêver un peu. Alors, si vous aviez une baguette magique qu’en feriez vous ?
M. CUROT C2M je pense à deux choses. D’abord à mes clients. J’aimerais continuer de les satisfaire et d’entretenir la collaboration que nous avons su développée au fil des ans. Avoir une charge de travail suffisante est pour nous, petite entreprise, une question de survie. Ensuite, comment dire, tout est une question d’implication. Même inquiet, je ne baisse pas les bras, j’aimerai seulement pouvoir continuer à faire un travail dont je suis fier.
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